Le président du port de plaisance de Ceuta : « Notre engagement est aussi fort, voire plus fort qu’auparavant »

José Manuel Arrojo, président du groupe Nauplia
Article paru dans *El Pueblo de Ceuta*, rédigé par : Gabriela Sardá

José Manuel Arrojo est le directeur général de Nauplia Capital, qui détient la concession de la Marina Hércules jusqu’en 2051, et il assure que l’activité se déroule actuellement « presque comme avant » l’« invasion ». L’investissement de près de 7 millions d’euros est toujours d’actualité.

Ceuta/ José Manuel Arrojo apprécie Ceuta. Il le dit dès le début de la conversation et le répète, d’une manière ou d’une autre, tout au long de l’interview qu’il accorde à El Pueblo de Ceuta afin de brosser le tableau de l’avenir qu’il entrevoit en tant qu’investisseur dans la ville après l’invasion marocaine. Le président-directeur général de Nauplia Capital, la société qui gère le port de plaisance Marina Hércules, est arrivé dans la ville en 2024, lorsque l’entreprise a acquis 100 % des actions de l’installation dans le but d’entreprendre une « transformation en profondeur ».

Depuis lors, l’entreprise a renouvelé une grande partie de son personnel, amélioré ses services et ses infrastructures, et élaboré un ambitieux projet d’investissement visant à faire de ce port de plaisance l’un des sites touristiques phares de la ville. À ce jour, elle estime cet investissement à plus d’un million d’euros, un montant qui continuera d’augmenter. La société dispose des fonds nécessaires pour mener à bien un projet dont le montant dépasse les six millions d’euros et qui, avec une nouvelle concession en attente de finalisation, pourrait porter l’investissement à 7,5 millions. Il ne manque plus que le permis de construire. Les événements survenus le 30 juillet à Tarajal n’ont entamé ni son enthousiasme ni celui de son équipe. « Notre engagement est tout aussi fort, voire plus fort qu’auparavant », affirme-t-il.

Q. – Quel est votre lien avec Ceuta ? Comment tout cela a-t-il commencé ?

R. – Je n’avais jamais eu affaire à Ceuta jusqu’à ce que, grâce à un contact de l’un de mes associés, on me présente une personne qui m’a demandé si le port de Ceuta m’intéressait. À l’époque, nous possédions déjà cinq ou six ports, et je lui ai répondu que j’allais devoir examiner la question.

Je me trouvais alors à Ceuta et j’ai fait la connaissance des anciens propriétaires du port de plaisance. À vrai dire, le port manquait cruellement d’entretien, mais il avait un grand potentiel. Nous sommes parvenus à un accord en 2024 et avons acquis 100 % des actions du port. Nous avons ensuite élaboré un projet, comme nous le faisons pour tous les ports que nous acquérons, afin de l’améliorer considérablement à tous les égards. Que ce soit au niveau des infrastructures, au niveau du personnel, qui nécessitait également beaucoup d’attention, ou encore au niveau des usagers, pour lesquels je pense que le service était insuffisant ou déficient.

J’ai rencontré le représentant des usagers et nous sommes parvenus à un accord. Et le point essentiel, qui, je pense, a été une bonne décision, a été de nommer Mehdi au poste de directeur du port. Outre sa formation, c’est un homme qui fait preuve de beaucoup de dynamisme, ce dont j’avais justement besoin. Ma première visite avait donc pour but de découvrir le port et de rencontrer les anciens propriétaires, puis j’y suis retourné à de nombreuses reprises. J’y suis retourné deux fois de plus avant la signature de l’opération, puis j’y suis allé pratiquement tous les mois. Puis, une fois que Mehdi a pris ses fonctions, je me suis rendu sur place tous les trimestres pour rencontrer l’Autorité portuaire, qui, je tiens à le souligner, nous a toujours soutenus et a joué un rôle vraiment essentiel en facilitant la mise en œuvre de notre projet.

Puis avec le président de la ville et toute son équipe. Avec les différents conseillers municipaux, avec lesquels nous avons également entretenu une relation très étroite et collaborative. Nous nous sommes toujours sentis très bien accueillis à Ceuta, et en contrepartie, nous nous sommes engagés dans un projet d’investissement visant à transformer complètement le port. Nous pensons que le port est l’un des visages de la ville. Il y a d’une part le port commercial, et d’autre part l’aspect touristique. De plus, il s’agit d’un type de tourisme dont le pouvoir d’achat est supérieur à la moyenne. Nous souhaitions doter Ceuta d’un port à la hauteur de ce qu’elle mérite, et c’est ce à quoi nous travaillons actuellement.

Q. – Et jusqu’à présent, avant la crise, quels résultats avaient été obtenus au port de Ceuta en termes de ressources humaines, d’infrastructures et de clientèle ?

R. – Nous avons pratiquement renouvelé l’ensemble du personnel : nous avons embauché un nouveau responsable du chantier naval, un adjoint, un contre-maître, la directrice administrative, et nous avons remplacé pratiquement tous les autres marins. Sans oublier le directeur. En somme, il s’agit d’un changement total, et je pense d’un changement radical vis-à-vis des usagers.

Une polémique avait éclaté concernant le mode de tarification, à savoir la facturation mensuelle basée sur des mesures effectuées en fonction de la longueur, de la largeur et autres, et nous sommes parvenus à un accord visant à modifier le titre de concession afin d’instaurer une tarification par place d’amarrage et de mettre en place une période de transition entre l’ancien et le nouveau système. Cela nous a permis de rétablir la sérénité. Nous avons également réduit le tarif du parking afin de vous faciliter l’accès. Par la suite, nous avons procédé à quelques améliorations des infrastructures, notamment au niveau du chantier naval : nous avons acheté un nouveau travel lift, l’ancien posant de très nombreux problèmes.

Nous avons également acheté un chariot élévateur pour soulever les bateaux et les déplacer à l’intérieur du chantier naval. Nous avons conclu des accords avec le CAS. Le projet est encore en cours d’élaboration, mais nous souhaiterions que ce soit le CAS (Real Club Náutico) qui chapeaute l’ensemble des activités nautiques de loisir que nous promouvons. Nous souhaitons ainsi tirer parti de notre proximité et permettre à nos usagers d’utiliser leurs installations s’ils le souhaitent. Nous avons collaboré avec la mairie de Madrid en menant une campagne visant à attirer à Ceuta des bateaux de passage en provenance de la péninsule.

Nous avons conclu des accords avec tous les ports du sud de la Méditerranée en vue de l’organisation de régates et de rallyes.

Q. – Vous arrivez à Ceuta en 2024, alors que la ville autonome mise depuis des années précisément sur le tourisme nautique dans le cadre de sa stratégie de diversification économique. Et, soudain, le 30 juillet de cette année, ce qui doit arriver arrive. Comment avez-vous pris la mesure de l’ampleur de ce qui venait de se produire ?

R. – Cela a été un véritable choc. En tant que citoyen espagnol, voir les frontières de son pays bafouées et un nombre considérable de personnes entrer sans discernement et sans contrôle provoque d’abord un sentiment de choc, puis d’incrédulité face à l’inaction du gouvernement espagnol, qui n’a pas réagi avec les moyens appropriés pour empêcher cela. À tout le moins, maintenant que cela s’est produit, il faudrait faire en sorte que tous les immigrés en situation irrégulière quittent Ceuta.

Il y a désormais beaucoup plus de forces de l’ordre dans les rues, mais les migrants en situation irrégulière restent néanmoins sur les plages, dans les magasins et campent dans les rues. Il existe des centres spécialement prévus pour ce genre de situation qui ne sont pas utilisés. C’est vraiment une situation qui mêle la surprise à l’incrédulité face à l’absence de réaction proportionnée à ce qui s’est passé.

Q. – Et en ce qui concerne le port et tous les projets en cours, cela signifie-t-il qu’ils seront suspendus ou comptez-vous tout reprendre dès le retour à la normale ?

R. – Nous investissons sur 25 ans dans les ports. Notre concession court jusqu’en 52. Il nous reste donc 26 ans. Notre engagement est tout aussi fort, voire plus fort qu’auparavant. Et, en effet, outre le port, nous avons de nouveaux projets que nous aimerions mener à bien au sein de la ville et nous allons nous y consacrer pleinement. Je pense qu’on ne peut pas demander davantage à la ville que ce qu’elle a déjà fait, car cela ne dépend pas d’elle. Mais il est important de résoudre cette situation dans la perspective de l’avenir. Je pense que c’est pour le bien-être des citoyens de Ceuta.

En tant que port, nous avons renforcé la sécurité pour empêcher l’afflux d’immigrants en situation irrégulière et veiller à ce qu’aucun d’entre eux n’entre sur notre territoire. Nous avons connu quelques annulations de transits, ce qui est normal compte tenu de l’actualité, mais celles-ci ont rapidement repris. En d’autres termes, le port fonctionne, disons, non pas tout à fait comme avant l’invasion, mais presque comme avant. Pour notre part, en tant qu’entrepreneurs et promoteurs du port, ce que nous souhaitons, c’est mener à bien notre projet.

Eh bien, nous souhaitons lancer le projet. Nous attendons que la mairie nous délivre enfin le permis de construire. Cela fait longtemps que nous attendons, mais nous avons un projet véritablement transformateur et nous allons construire un bâtiment qui deviendra emblématique de la ville de Ceuta ; nous allons transformer le port de fond en comble.

Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’un permis. Nous disposons de tous les fonds nécessaires pour les investir et pour mener à bien le projet que nous avons déjà présenté.

Q. – Qu’est-ce qui va donc se poursuivre à 100 % ?

R. — À 100 %, et si nous pouvons obtenir une concession supplémentaire, nous le ferons.

Q. – Quel investissement avez-vous réalisé jusqu’à présent ?

R. – Notre investissement dépasse les 6 millions d’euros. Et si nous l’associons à une autre concession que nous attendons, nous atteindrons certainement environ 7,5 millions. En 2024, nous avons investi près d’un million d’euros. En réalité, nous nous sommes contentés d’améliorer ce qui existait déjà, sans pour autant le transformer. Ce sont ces 6 millions qui transforment le port.

Nous disposons désormais de 5 000 mètres carrés de surface commerciale commercialisable. Nous avons des locataires sous contrat depuis un an et demi. L’ensemble du bâtiment est déjà pré-loué et la plupart des locaux commerciaux que nous allons aménager sont déjà presque tous pré-loués.

Ce projet suscite beaucoup d’intérêt, car il s’agit d’un emplacement privilégié de la ville. Nous attendons avec impatience que le permis de construire nous soit délivré afin de pouvoir commencer dès que possible.

Q. – Que pouvez-vous nous dire au sujet de cette nouvelle concession qui est en attente ?

R. — Je ne peux pas vous en parler, car cela enfreindrait la confidentialité. Mais ce serait un élément qui viendrait parfaitement compléter ce que nous faisons actuellement et qui nous permettrait de mener une transformation encore plus importante que celle que nous avions prévue.

Q. – Pour conclure, en tant qu’entrepreneurs qui investissez à Ceuta, que demandez-vous aux pouvoirs publics en matière de sécurité et de garanties ?

R. — Nous savons que la ville autonome dispose de compétences qui s’étendent jusqu’à la police municipale. La police nationale et la Garde civile relèvent du ministère de l’Intérieur, tandis que l’armée relève du ministère de la Défense.

Nous pouvons demander à la ville ce qu’elle est en mesure de nous donner, ce qu’elle nous a toujours donné. Ce que nous vous demandons, en revanche, c’est d’intervenir auprès des responsables des ministères compétents afin de renforcer la sécurité de manière permanente, bien sûr à la frontière. Ce qui est inacceptable, c’est d’avoir une clôture de huit mètres de haut et d’arriver à la frontière de Tarajal pour constater que tout le monde s’y faufile.

J’avais prévu un investissement afin que, au lieu de construire cette sorte de barrière en plastique, celle-ci soit solide. Que ces investissements soient mis en œuvre. C’est mon opinion personnelle en tant que citoyen ; indépendamment de toute autre considération, je pense que lorsque votre territoire est envahi, l’armée doit intervenir.

L’armée s’est engagée à défendre l’intégrité territoriale de l’Espagne, mais elle ne l’a pas fait car les commandants n’ont pas su se montrer à la hauteur des circonstances. La ville a donc pour mission de convenir avec les ministères concernés d’un renforcement des effectifs et d’un protocole d’intervention permettant d’éviter que cela ne se reproduise, car, en réalité, tout porte à croire que cela pourrait se reproduire à tout moment. Il est donc essentiel de mettre en place des mesures préventives.

Partager